Face Écran — Daniel Bourrion

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Une nostalgie, Robert — Des cicatrices

Sat, 04/06/2019 - 08:42

Il y a tant de corps, ce sont des clichés de longtemps et il y vit si jeune, parfois je trouve qu'il me ressemble mais c'est peut-être l'inverse, qui porte sous ses cheveux de toujours hirsutes une tête d'adolescent, il l'a été aussi et nous tellement, et tant, dans cette parenthèse qui ne se referme jamais, plusieurs corps à feuilleter, on dirait les corps du roi, sur les derniers clichés, les plus récents, les vidéos qu'engrange le réseau, ce goinfre à l'haleine de bitume, transpirent parfois une lassitude, les marques de la route, celles de la scène, on dirait cicatrices si l'on osait...

Une nostalgie, Robert — La basse

Fri, 04/05/2019 - 18:50

... le bassiste se replie sur sa basse trop basse que soutient son genou plié plus qu'à moitié, un jour il tombera et Robert de même, en attendant on riffe jusqu'à finir en rires les doigts à peine chauds — nos mains sont de corne maintenant, il nous faut bien cela pour retenir la vie.

Une nostalgie, Robert — Cette nuit de Noël

Thu, 04/04/2019 - 18:56

Et quand bien même je sais n'avoir été Robert Smith qu'un peu, très peu, inutile de se mentir, la soirée maintenant lointaine où j'ai voulu l'être a été une danse avec le ridicule, il reste donc cette sorte de nostalgie et puis des souvenirs faisant refrains dans les jours s'écoulant, ce pourrait devenir une chanson, des bribes de paroles, la trame est là où ne manquent qu'une ligne de basse, un battement, le claquement de la batterie, cet aigu des guitares que je repère sitôt leur cri, ce moment qui revient souvent, c'est un soir d'hiver au moins, la pleine période des fêtes dans le mortel ennui qu'elles portent, aussi loin que remonte ce qui me sert de mémoire il y a cet abîme de noël, la tristesse que j'ai quand j'y repense prend toujours apparence de cadeaux qui une fois déballés, déchiquetés, étaient des avions d'un gris pâle kaki et pourquoi j'ai senti alors un très grand vide s'ouvrir je ne sais pas mais revenons à nos moutons...

Une nostalgie, Robert

Tue, 04/02/2019 - 20:14

Les traits sont lourds plus, la silhouette aussi et là-dessus arrivent les cheveux fatigués avec la lassitude de leurs ébouriffements, il faut se rendre compte aussi de ce qu'on se fait subir, ce que cela veut dire, de crêper tout cela qui ne tient plus ici qu'au miracle du gel, qu'au miracle tout court, le cuir s'est tanné, chevelu et tout le reste, la basse cogne toujours son lancinement sombre encore ouvrant le bal, je reconnais bien A Forest et le bassiste là plié en deux, en quatre, une sorte d'élastique c'est toujours le même, Robert est sur l'arrière à napper la guitare, il a cette attitude d'écolier très très sage attendant juste son tour, que tombe le temps du chant, le reste est un pont-levis que lève la musique, à la dernière seconde toujours seulement il vient, devant la voix n'a pas bougé, je suis toujours Robert, rien ne change jamais dans ce qui me remonte dès que tombe comme ça la toute première note, l'image floue lentement semble filmée du fond sans doute avec un téléphone tenu à bout de bras, en bas on voit à peine des tables alignées et les gens sont assis, figés jusqu'à ce que ça cesse, que sommes-nous devenus à rester sur le cul, je suis toujours Robert à chanter sans arrêt pendant que les routes défilent, mon passé est devant...

Une sorte de journal — 31 mars 2019

Sun, 03/31/2019 - 16:37

Une avance de glycines ; il y a le regard bleu de l'aube — je sais son océan, une mèche blonde, le pain qui vient ; un vin épais, trois figues, une grenade, pour faire paix.

Une sorte de journal — 24 mars 2019

Sun, 03/24/2019 - 11:57

À choisir, le silence ; un voilier cul par-dessus tête trace des ronds de sable — je vois de minuscules pas ; ce que je ne sais de toi m'occupe chaque seconde.

Une sorte de journal — 17 mars 2019

Sun, 03/17/2019 - 17:51

Des poètes silencieux ; il y a le titre et puis la suite et ça n'avance pas — une brève échauffourée ; cela ne passe pas mais tu ne le sais pas.

Les Surgissants #2 — Une moto au fossé

Wed, 03/13/2019 - 18:28

Avant il y les deux en kimonos qu'annoncent la moto garée en amont au chemin, la bicyclette reposant contre quand la machine au moteur tiède est sa béquille au bord de la terre dure que devient d'un seul coup la route, on dirait que c'est là le bout du monde mais c'est seulement un lieu où l'on ne va que peu, quelques années après, ou peut-être est-ce dans le même moment, une cabane de planches récupérées à la scierie dans l'autre morceau du village viendra se cacher au bas de cet arbre qu'on voit là-bas, on dépasse la moto, la bicyclette aussi, il suffit d'avancer dans le pré vide jusqu'à derrière le verger aux arbres ras, les deux sont là en plein entraînement qu'ils font eux seuls ensemble en plus de celui de leur club, on dirait une danse, kimonos blancs et ceintures noires avec leurs quatre pieds très nus pareillement blancs, on peut rester si l'on demeure silencieux et dans les hautes herbes on reste ainsi assis à regarder comme ils se cherchent et creusent la faille et s'envoient valdinguer quand une jambe passe, qu'un contre rate, même d'ici on peut entendre le grognement de celui qui mange le sol, le han qu'il fait au moment de l'impact, leurs quatre-vingts kilos de muscles chacun luttent dans une fraternité mais c'est combat à balles réelles (...)

Les Surgissants

Sun, 03/10/2019 - 11:41

Pas sa mort, l'enterrement, de cette dernière aucun souvenir à part peut-être un brouhaha, une rumeur enflant depuis la rue, des cris que ne retiennent pas les mères, des hurlements, des pleurs, des jambes se dérobant quand les corps tombent lentement au sol fauchés, des mains sont plaquées sur les bouches pour arrêter une horreur qui ne veut plus s'éteindre, ne le peut plus, ce sont de petits tas d'une douleur sans fin parsemant le trottoir et qui sont sans visages, il y a deux fois au moins et peut-être trois qu'un tel chambardement retourne le monde mais c’est seulement ça qui reste, l'enterrement et même pas le rituel, la même cérémonie toujours aux mêmes moments exactement venus les uns après les autres, une chaîne, un maillon appelle l'autre, même pas ça mais deux moments avant encore du temps où le mort, la morte en l'occurrence, est encore là, dans ses murs endormie et donc quasi-vivante, pas encore partie, pas effacée, pas réduite à tenir le siège du temps depuis une photographie posée sur le buffet mais présente encore dans ce qui reste de son corps qu'emmaillotent six planches vernies (...)

Une sorte de journal — 07 mars 2019

Thu, 03/07/2019 - 21:13

Quelque chose de la nuit.

Une sorte de journal — 06 mars 2019

Wed, 03/06/2019 - 20:20

Un homme aux charnières de mots — la poésie a son visage au moins ; ce n'est pas alchimie, c'est le travail patient, ingrat, de l'artisan ; on reconnaît les Simples à ce qu'ils taisent.
 

Antoine Emaz, in memoriam

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