Face Écran — Daniel Bourrion

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Updated: 14 sec ago

La dispense #16

Sat, 01/05/2019 - 10:03

[...] on commence tout de suite des échauffements des choses mystérieuses se frapper sur les bras avec l'index et le majeur suivent les cuisses je me demande déjà pourquoi je suis venu et de mon propre gré en plus cette sorte de pression sociale je crois il faut faire du sport il faut bouger son corps il faut être à son top nous sommes maintenant entrés dans le carré c'est une arène à ras de terre toujours à genoux j'ai déjà mal faites des duos la règle est simple encore à genoux tenter de renverser l'autre juste en face et lui de même il paraît qu'on peut résister c'est le vieux qui le dit qui dit aussi qu'on peut se planter dans le sol avec l'esprit pour s'opposer pendant qu'il parle d'histoire d'énergie de flux et de ki qu'on peut tenir depuis sa tête pour s'attacher au monde je tombe, je n'ai pas trouvé la recette du ki, la demoiselle qui me retourne plus qu'une crêpe ne doit pas faire plus de quarante kilos, je pourrais être son père, elle est hilare aussi vous allez bien ? maintenant nous sommes debout il faut tomber tout en roulant la deuxième fois mon épaule craque une fulgurance dans tout le bras, fin de séance, je n'ai jamais aimé tomber peut-être parce que je suis Icare, cet art martial n'est pas pour moi et les autres non plus, il me faudra plusieurs jours pour ne plus avoir mal il reste depuis le souvenir, cette question autour du ki, car s'il existe, qu'en puis-je faire ?

Une sorte de journal — 02 janvier 2019

Wed, 01/02/2019 - 15:13

Une racaille Rimbaud ; c'est marcher à rebours dans un monde qui recule ; du papier et des morts — écrire pour pas grand chose.

Une nostalgie Woodstock #2

Wed, 01/02/2019 - 10:02

Nous avions appris qu'il se passerait quelque chose vers là, au tournant de la mi-août, par une rumeur, une affiche, des plans que l'on se passait sur les campus, dans les bars et autour des feux de camps où nous étions chaque nuit la musique et le vent, nous avions entendu parler de ces trois jours de paix qui devaient se dérouler dans un trou perdu dont personne jamais n'avait entendu le nom, qui était par là-bas, vers le nord de l'état, nous avions décidé comme cela, sur un coup de tête, un coup de folie, que nous irions, et cela tombait bien parce que c'était se donner un objectif au creux de cet été dont nous ne savions pas quoi faire, dont personne ne savait comment il se terminerait, dans la lente immobilité de son ennui qu'on aurait cru mortel parfois.

Un matin, deux jours avant, nous nous sommes entassés dans nos voitures, nous avons poussé dans le coffre le minimum nécessaire et peut-être même moins, le hasard suffirait, pourvoirait à nos besoins vitaux, nous avons claqué les portières, démarré, la route était une promesse grise et jaune que déroulait l'auto-radio poussé à fond, et nous sommes partis ainsi à courir derrière l'horizon plat comme un jour sans fin en laissant derrière ce que nous sentions craquer d'un très vieux temps arrivé tout au bout de ses propres illusions. Je me souviens, les filles riaient, et nous aussi, et plus rien n'avait d'importance, que d'être là où se rendaient les autres aussi, et leurs enfants déjà nés ou à naître encore (...)

Une sorte de journal — 01 janvier 2019

Tue, 01/01/2019 - 15:38

S'il y a le ciel il est violet et pleut ; je ne sais que lire dans ce que tu m'écris — prendre de la distance ; trois rouge-gorges s'affairent déjà dans la maison de bois.

Une sorte de journal — 2019

Tue, 01/01/2019 - 15:34

Une nostalgie Woodstock

Mon, 12/31/2018 - 16:25

Je n'ai aucun souvenir de ce moment venu deux ans je crois après que je sois né mort et cette absence n'est donc guère étonnante d'autant que dans la vallée d'où je viens, nul sans doute n'a alors entendu parler de ça, de cette histoire, de cette foule hirsute et qu'on devine d'hygiène douteuse les pieds nus dans la boue, on peut rêver des fleurs — l'hirsute alors et maintenant encore beaucoup, c'est ce qu'il faut à toute force éviter, c'est ce qui menace l'ordre du monde et l'interroge, c'est ce que l'on réduit à coup de tondeuses, de travail vous laissant pour la fin du jour les reins brisés lourds tellement qu'il n'y a plus qu'à s'endormir le ventre lesté, le sommeil présentant aussi l'avantage d'éviter de se poser trop de questions.

Pourtant, de ces trois jours j'ai des images, et une nostalgie sans fin qui ne repose sur rien, enfin, qui tient entièrement debout sur des sortes de contes, sur des clichés de grain gros comme ça, sur des morceaux de films aux couleurs passées sur lesquels, parfois, dans la foule cachés, je reconnais mes traits quand je deviens, je suis, l'un de ceux dansant le torse nu, le jean large au bas, avec mes cheveux longs et cette transe enfin qui nous tenait et nous tiendrait pour toute l'éternité pendant qu'un peu plus haut sur une scène minuscule jouaient ces sortes de musiciens, on aurait dit que c'était nous défiant le monde avant d'y retomber lassés, comme épuisés (...)

Image d'illustrationDerek Redmond and Paul Campbell - Own work, CC BY-SA 3.0

La dispense #15

Sun, 12/30/2018 - 16:10

[...] c'est mon moment de gloire, je cale mes mains, je cale mes bras exactement comme le survêtement tantôt nous l'a montré, je suis ancré les pieds au sol, mes jambes sont légèrement fléchies, la balle est inratable, le temps s'arrête, je sais ce qui va advenir, le choc léger du cuir sur les deux pouces joints puis la remontée franche mais courtes des avant-bras pour relancer la course parfaite de la sphère par-dessus le filet, j'ai repéré même pour tout dire un espace vide dans la défense des six, c'est ce point-là que je vise droit, le temps reprend son cours, plus qu'une demi-seconde avant l'impact et puis voilà, la balle passe devant mes mains, j'ai tout fait à l'équerre mais trop court, une erreur d'appréciation, une affaire de centimètres, rien de plus, elle touche le sol, passe entre mes jambes juste fléchies large pour mieux assurer la réception et le renvoi, rebondit, rebondit encore puis part en roulant vers l'arrière, le survêtement siffle le point en s'étouffant de rire, en face ça hurle et de joie, ici les cinq râlent et m'engueulent de pleine rage, la prochaine fois ne fait plus rien ce sera bien, sans doute oui que ce serait le mieux, ne plus jamais rien faire pour ne rater plus rien.

Une sorte de journal — 28 décembre 2018

Fri, 12/28/2018 - 15:42

Il y a des voix et celles éteintes — la tienne est entre deux ; jadis c'était au même endroit que je dormais ; quand je lève la tête je vois un vide, ce ciel d'hiver.

La dispense #14

Sat, 12/22/2018 - 09:01

[...] voilà l'épreuve de gymnastique où l'on attend des candidats un enchaînement au sol, c'était sur la notice aux armes de la République, le candidat juste avant moi est une candidate mais non, il effectue sur l'immense carré bleu des tapis mous quelque chose d'impeccable et saute et vrille et rebondit, j'en suis pantois d'admiration sur le bord du spectacle, le jury est à droite aligné derrière trois tables venues d'une quelconque école, quand le gaillard termine revenant parmi nous pauvres humains la note tombe de suite, et c'est un très mérité vingt sur vingt, mon tour arrive maintenant, je tente deux ou trois choses, une roulade avant, l'arrière ne passera pas, un saut très pathétique, une sorte d'équilibre qui n'en a que le nom, retour station debout, les profs jury sourient, celui qui semble leur chef m'invite du geste, Maintenant que votre échauffement est fait, vous pouvez y aller, les sourires se figent quand j'explique que c'était mon enchaînement pour le bac, la note viendra aussi de suite et elle tient sur un doigt, n'est pas gymnaste qui veut, et bien trente ans après, je me demande encore ce qu'est devenu le gars qui avant moi dansait dans le ciel gris bleu mercure froid.

Une sorte de journal — 21 décembre 2018

Fri, 12/21/2018 - 18:49

Dans un grand effacement, ma houle — ce moment où tenir ; ta phrase a le poids de la glace.

Une sorte de journal — 18 décembre 2018

Tue, 12/18/2018 - 20:01

Ton indicible sillage, paresse des océans ; mais ce n'est pas silence ; sous les arbres clairs au bout du monde, juste là.

Une sorte de journal — 12 décembre 2018

Wed, 12/12/2018 - 21:17

La cendre de tes yeux — puis d'effacer l'histoire à force de regards ; une robe noire toujours, le secret des mésanges.

Une sorte de journal — 09 décembre 2018

Sun, 12/09/2018 - 22:07

Cette mémoire des corps, ce qu'ils laissent de creux — ce rien de bruit ; une dévoration, écrire.

La dispense #13

Sun, 12/02/2018 - 14:42

[...] à chaque passage chrono le prof nous encourage et même à moi il dit surtout ne lâche pas quand ce que je voudrais c'est tomber raide mort pour que ça cesse enfin, il serre dedans sa main le cercle argent lanière qui tient les rênes du temps, surtout ne pas penser, ne pas étouffer, je cours comme je peux et une nouvelle fois encore, venant de par l'arrière, me dépassent les sportifs, ceux toujours devant, ils viennent de me prendre un tour, peut-être deux, c'est comme si chaque seconde devenait une heure entière puisque j'ai au côté un poignard lancinant fouaillant je ne sais quoi que l'on a là-dedans, rien de vital sans doute, je crois que voilà les dernières secondes mais le prof hurle encore six minutes les gars et là c'est la piste qui part marche arrière, ce doit être un cauchemar, plus rien n'avance malgré ma course folle, du moins je l'imagine, le record du surplace est certainement pour moi, il y a dans ce moment un condensé de toute une vie, le sombre et gris décor, courir sans avancer, je finirais marchant et délivré enfin au grand coup de sifflet, j'irais dans l'herbe tomber, la terre est dure humide, mon dos est tout contre elle, là-haut passent lourds légers des nuages blancs crayeux, quand le bac viendra, je n'aurais accumulé aucun point d'avance mais cela ne change rien, mon corps sera toujours seulement un vague ennemi.

Une sorte de journal — 01 décembre 2018

Sat, 12/01/2018 - 18:48

Je ne doute plus du dénouement, de la hargne du temps ; ce que je peux te dire, c'est l'âme de ce jardin — sa constance de chemin ; seuls nos liens justes demeurent.

La dispense #12

Sat, 12/01/2018 - 09:53

[...] Pour la pratique, il y eut beaucoup d'appelés, tous en fait, mais peu d'élus, les meilleurs d'entre nous réussissant vaguement à plier un peu la perche (une partie du secret des sauteurs, les vrais, ceux qui se hissent à des six mètres, reposant de ce que je sais dans cette courbure et dans ce qu'elle rend de puissance ensuite pour monter) et à monter d'un mètre ou deux, la plupart dont évidemment moi, parvenant, au mieux à sauter vaguement en l'air, au pire, à se prendre en retour un choc violent parce qu'ils avaient mal positionné la perche quand ils n'allaient pas aussi s'écraser contre le mur du fait d'une course d'élan trop rapide et d'un lâcher de la perche au moment crucial, quoique évidemment, peut-être bien, tout cela n'était qu'une sorte de cinéma que nous faisions histoire de rire, de compenser le mal-être que nous avions dedans nos corps par quelque andouillerie nous permettant de supporter ces moments-là, ces années-là, où tout était étrange, dehors comme dedans, alors et pour le dire ici, maintenant toujours.

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