Face Écran — Daniel Bourrion

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Updated: 14 sec ago

Une sorte de journal — 20 août 2019

Tue, 08/20/2019 - 18:22

Atteindre à l'arête du jour ; une récolte de rien ; tu es toujours dans cette langue que personne ne parle — je suis à construire le mur de demain.

Étangs #3

Sat, 07/13/2019 - 10:16

(...) personne pour y aller nager ou alors, dans des temps immémoriaux, on nous racontait ces histoire d'un qui plongeait alors mais avec en tour de taille une corde que les autres dessus la rive, la digue restés, tenaient pour le tirer à terre quand il remontait des tréfonds, il ne savait pas nager, personne en ces temps-là pour savoir, c'est sur la terre qu'on vivait et pas dans l'eau, cet élément laissé sans nul regret aux canards, aux poissons, aux marins qui là-bas, tellement loin qu'on se disait que c'était une légende, partaient affronter des tempêtes, des vagues hautes plus que les maisons serrées le long des routes droites, le clocher de l'église (...)

Une sorte de journal — 09 juillet 2019

Tue, 07/09/2019 - 19:06

Je suis celui dont la ville fuit, et qui n'a nul bagage que ceux laissés des autres — mon nom est un mur rongé de lierres.

Une sorte de journal — 05 juillet 2019

Fri, 07/05/2019 - 20:31

J'ai marché sur une plage et j'étais le premier ; cet océan emportant ton écume — une vague d'infini ; quatre galets sur ma table, puis toi.

J'ai partagé un appartement avenue des Vosges avec une dame qui aurait été ma grand-mère si j'en avais eu. Je rêve depuis toujours de devenir routier puisque mon père l'a été. Je ne sais pas réellement qui je peux être. J'ai marché sur une plage et j'étais le premier. #àMainLevé

— Daniel Bourrion (@dbourrion) July 5, 2019

Étangs #2

Mon, 06/24/2019 - 18:57

(...) tellement qu'une fois plongés dedans habillés seulement encore de nos slips conservés par acquis de conscience, reste de pudeur aussi certainement même si personne ne pouvait plus nous voir, nous étions descendus le long du cratère que faisait la terre glaise montée en murs raides nous protégeant donc de regards qu'il n'y avait d'ailleurs pas, autour les champs ras étaient vides, bousculés seulement d'une vapeur, cette haleine de l'été, c'est comme si nous avions flotté au beau milieu du vide, claquant des dents — quand je parle d'une eau glacée, elle l'était incroyablement et pas seulement par contraste avec le lourd manteau jaune que peut être cette saison là-bas, dans la vallée d'où je suis né. (...)

Étangs

Sun, 06/23/2019 - 11:32

(...) La technique était simple, consistant à remonter la trace de la source à larges coups de pelles mécaniques jusqu'à s'éloigner du premier point de percement d'au moins cinquante mètres pour ouvrir là une sorte d'étang qui, temporaire, aidé par l'été et sa sécheresse venant toujours avec, ferait tampon en absorbant l'eau qui sourdait, en asséchant à son amont le filet mince mais large assez pour empêcher le labeur des équipes, le rendre parfois même dangereux.

C'était cela que nous avions trouvé dans le maelström des buttes dans notre jeu d'alors, suivre l'avancée du creusement à la faveur de l'arrêt du chantier, c'était en août, les traditions se respectaient, les machines s'arrêtaient faute d'ouvriers et tout demeurait là dans un abandon comme de canicule, la masse d'acier des machines arrêtées chauffant lentement du matin jusqu'au soir et rendant cette chaleur accumulée la nuit au point que toute la zone était presque une étuve vingt-quatre heures sur vingt-quatre, c'était là la découverte, un étang creusé de main d'hommes ou plus précisément de mâchoires métalliques, dont l'eau glacé était de source. (...)

Une sorte de journal — 22 juin 2019

Sat, 06/22/2019 - 18:49

Je pense aux jours après — le claquement d'un corps ; dans la rue une glace, toi et la porte fermée ; mon tout dernier souvenir reste celui d'une façade.

J'ai dansé quelque part dans le bush Australien, je n'avais plus mon pantalon. J'entendais dans la nuit des camions qui fonçaient. J'écris parce que je ne sais rien faire d'autre. Quand je sombre dans l'insomnie, je pense aux jours après celui qui me verra mourir. #àMainLevé

— Daniel Bourrion (@dbourrion) June 22, 2019

Une sorte de journal — 19 juin 2019

Wed, 06/19/2019 - 18:34

S'en tenir à soi-même ; je cherche mon visage et c'est le tien — ma bourrasque infinie.

Une sorte de journal — 17 juin 2019

Mon, 06/17/2019 - 18:21

Cette ondée de tilleuls ; je sais que dans tes mains il vient l'été — la ligne noire de l'orage ; ma lassitude d'enfant, ma source.

Une sorte de journal — 16 juin 2019

Sun, 06/16/2019 - 15:32

L'écluse de nos terres — ce qui reste à genoux ; je suis ta silhouette ; un pique-nique silencieux.

Une sorte de journal — 14 juin 2019

Fri, 06/14/2019 - 11:27

Une mare aux grenouilles folles ; personne ne regarde le temps et sa tempête de sable ; je ne sais ce qui retient le monde debout.

J'ai été peintre en bâtiment et j'ai caché mon visage sur un mur que la pluie lave parfois. J'aime visiter les églises vides. Je garde auprès de moi trois cailloux venus de trop loin. Je sais maintenant une mare aux grenouilles folles. Le chèvrefeuille est mon ami. #àMainLevé

— Daniel Bourrion (@dbourrion) June 14, 2019

Une sorte de journal — 10 juin 2019

Mon, 06/10/2019 - 21:13

Une fête n'a pas lieu ; je force l'oubli, en vain — tu es la mer toujours recommencée ; s'il ne reste qu'une phrase, ça suffira.

Vergers

Thu, 06/06/2019 - 19:28

Ils demeurent deux encore quand je sais bien l'un fondu dans le paysage bousculé totalement lors du remembrement d'il y a quelques années et à l'issue duquel plus rien n'a jamais plus été comme avant. Pour lui maintenant disparu, il arrivait le premier le long de la route depuis M*** se faufilant jusqu'au village et son alignement, la trace qu'il faisait sur la pente douce de la colline, venait au droit juste après un étang lui toujours là bien que parfois abandonné, on pense cela en le voyant, de temps en temps un défrichage des haies le cachant aux voitures vient démentir cette impression, quelqu'un s'occupe de ça, maintenir les berges pour permettre un accès, peut-être que parfois des pêcheurs sont là même si jamais aucun mouvement ne se laisse deviner, ce doit être un silence humide toute l'année troublé seulement des remuements des bêtes dessus et puis dessous la surface grise, qui peut le dire ? (...)

Une sorte de Journal — 04 juin 2019

Tue, 06/04/2019 - 21:25

L'essoufflement dès marée haute ; ton rocher dans les arbres, immaculé.

Une sorte de journal — 30 mai 2019

Thu, 05/30/2019 - 11:53

Une dentelle, les jours ; ma tête est un chantier, tu n'imagines pas — cette framboise encore ; je te porte partout.

Quatre

Fri, 05/24/2019 - 15:55

Il y a eu quatre chiens mais le quatrième n'est qu'une ombre très floue, un vague, je ne sais s'il a vraiment existé ou si je le tire seulement à mains nues du fatras de mes rêves, de cette mare noire que nous portons dedans et moi tellement, je ne sais pas, et lui est là juste flottant dans l'os de mon crâne quand je me demande s'il n'était pas à celui de mes grands-pères que je n'ai pas connu, qui est mort bien avant que je naisse, qui a été tué je crois d'un coup de patte donné par une vache irascible parmi celles, deux ou trois, qu'il y avait dans l'écurie derrière la maison vide maintenant de tout et même de ses murs intérieurs (...)

extrait, texte intégral paru dans Europe, n°1082-1083-1084, juin-juillet-août 2019, pp. 324 à 327

Une sorte de journal — 08 mai 2019

Wed, 05/08/2019 - 09:34

Iris à peine levés sous le vent-couverture ; je suis une peau caressée de jamais ; bourrasques, bourrasques, de vaine agitation — la récolte vient demain.

Une sorte de journal — 04 mai 2019

Sat, 05/04/2019 - 09:38

Je ne suis le père de personne ; nos pas et puis leurs pas — une pierre tendre comme toi.

#àMainLevé J'ai eu quatre pères, tous morts. Je ne suis le père de personne. Je n'oublie aucun des enfants croisés jadis. Certains me donnent parfois de leurs nouvelles, j'en suis heureux et souris à les lire. Je me demande toujours combien de temps il leur faudra pour m'oublier.

— Daniel Bourrion (@dbourrion) May 3, 2019