Face Écran — Daniel Bourrion

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Updated: 1 hour 53 min ago

Comment je n'ai pas été écrivain #8

Sun, 05/24/2020 - 17:53

Dans l'enveloppe revenue très vite, plus vite que d'habitude, des habitudes il y avait déjà et c'était donc un temps où les textes partaient toujours, étaient toujours refusés pareillement, par voie postale uniquement, il ne pouvait pour moi en être autrement, je n'avais pas l'heur de vivre à la capitale, d'en être même proche, de pouvoir aller déposer quelque proposition ici ou là, d'espérer croiser peut-être quelque auteur qui aurait voulu être mon mentor, cette sorte d'ami, je n'avais pas l'heur de quoi que ce soit, il n'y avait autour rien que le village ou la ville moyenne toute proche et de revues ici, pas une, et donc c'était notre facteur, ce bonhomme aux jurons en chapelets, qui se chargeait de ça, prendre les rectangles kraft et la monnaie laissée avec pour leur affranchissement, et puis s'occuper de les envoyer dans les mystères où elles devaient atteindre je ne savais qui, puis me les rapporter quelques jours ou semaines ou mois après quand elles rentraient à leur bercail et pour celle-là, il manquait l'essentiel, la lettre de l'éditeur et son refus, il manquait tout sauf ça trouvé en déchirant l'enveloppe dont je trouvais quand même qu'elle avait bien gros ventre, comprenant à l'ouvrir ce que c'était que cette bosse, et c'était donc, en mille morceaux, soigneusement déchiré, déchiqueté, mon texte proposé — rien d'autre qu'en guise de réponse, des confettis, le message était clair.

Une sorte de journal — 20 mai 2020

Wed, 05/20/2020 - 07:56

Un ciel bleu comme miel
— je suis un merle noir.

Trois chevaux dans l'allée
avec leur ombre en tête.

L'immense, le hameau vérifié.

Les journaux du virus #60

Mon, 05/11/2020 - 07:36

Ouvrir les fenêtres. Des rideaux endormis. Cette dernière parole. La flambée dans l'allée. Je ne souhaite pas sortir.

Les journaux du virus #59

Sun, 05/10/2020 - 08:43

Pourquoi hier déjà au carrefour ? Respirez calmement. Il faut que quelqu'un tienne nos mains. Des enfants jouent au milieu de nos routes. Trois fois un tir dans l'aube. Quelque part une proie. Des cailloux dans nos paumes pour rassurer.

Les journaux du virus #58

Sat, 05/09/2020 - 08:08

Ce pourrait devenir le printemps. L'hiver. Quelques sillons à reconnaître. Parfois la présence du sous-bois. Pas une pierre tombale, mais des nuages. Une vie entière dans une poche. Nous plions le tissu des lèvres. Un blé très doux.

Les journaux du virus #57

Fri, 05/08/2020 - 08:28

Des animaux considérables. Une forêt sans bagage. Je croise des inconnus. S'il reste quelqu'un ce sera toi. Chaque branche pour nous tenir. Le ravage des tomates. Un carré de terre grand comme moi. De l'autre côté de la rivière sonnent mes heures.

Les journaux du virus #56

Thu, 05/07/2020 - 07:42

Il faut aller plus loin pour retrouver une vie. L'humus des souvenirs. Une bataille de lierre. Nous revenons mais n'allons nulle part. Je crois qu'une fleur nous vient. J'ai quelques graines encore. Un dernier verre. La liane des rosiers.

Les journaux du virus #55

Wed, 05/06/2020 - 07:36

Le craquement du monde. Nous ignorions son nom. Dans le jardin une flambée à claire fumée. La mémoire des abeilles. Un rêve de chemin creux. Mes pieds nus dans la boue. La mémoire et la mer.

Les journaux du virus #54

Tue, 05/05/2020 - 07:48

Un repas sans dessert. Des survivants. Je suis revenu d'entre les morts mais je suis mort. Le dernier livre dans le monde immobile. Ce n'est pas une apocalypse, c'est un orage mystérieux. J'ai lu chaque jour depuis toujours.

Les journaux du virus #53

Mon, 05/04/2020 - 07:33

Ce que tu distingues là est une silhouette vierge. Je n'écoute rien de ton discours usé. Les files sont interdites dans cette rue. Dans le panier des fraises. Nous faisons des feux froids. Il y a eu un départ de la gare hier. J'imagine toute la nuit des vides faramineux.

Les journaux du virus #52

Sun, 05/03/2020 - 07:46

Nos livres inutiles. J'entends les cris dans la cour de l'école. Un long dimanche de plusieurs mois. Ce premier pas est le suivant. La danse des roseaux. Le chèvrefeuille. La route est molle. Le reste du monde m'est toujours plus étrange.

Les journaux du virus #51

Sat, 05/02/2020 - 08:00

Encore le même jour. Une voiture inconnue garée dedans la rue. Quelle est la bonne distance ? Les écureuils ont disparu. L'orage furtif. La première levée. Des enveloppes vides.

Les journaux du virus #50

Fri, 05/01/2020 - 07:44

Dans les étoiles un train d'étoiles. Voici ses vêtements. Une mésange attablée. Ses cendres dans la brise. Nous mangeons à distance des fruits imaginaires. Je compte les gouttes. La haie comme un rempart. De l'ail à tête de velours.

Les journaux du virus #49

Thu, 04/30/2020 - 07:44

Apprenez à compter. Les heures, les jours, les mois, vos doigts. Les linceuls ne manquent pas. Corps tels nasses — leurs nœuds. Ces gens qui attendent n'attendent rien.

Les journaux du virus #48

Wed, 04/29/2020 - 07:29

Un temps immaculé. Des villes dont j'oublie les carrefours. Vous êtes vivant mais votre corps est champ de ruines. Depuis hier, le feulement des camions sur la route. Une terre retournée. La faim. La faim. La faim.

Les journaux du virus #47

Tue, 04/28/2020 - 07:44

De morts il n'y a plus qu'on puisse voir. Nos deuils à même nos poches. Des herbes folles. Je ne sais même pas qui vous étiez. Portez vos gants même pour dormir. Nous récoltons ces hardes pour ceux qui n'ont plus rien.

Les journaux du virus #46

Mon, 04/27/2020 - 07:37

Nous piégeons l'infini. Voilà les toutes dernières semences. Des miettes pour les oiseaux. Il y avait des abeilles effarouchées. Une tarte sur l'appui d'une fenêtre. Le cliquetis du moteur refroidissant. Le four grommelant.

Les journaux du virus #45

Sun, 04/26/2020 - 07:37

Le monde tient dans mes mains. Mille feuilles dans le ciel bleu. La fouille rapide du merle. Il nous reste des chansons. Ce n'est pas solitude, c'est seulement mon sang.

Les journaux du virus #44

Sat, 04/25/2020 - 08:23

Parfois des pérégrins dont les prières font voie. La rivière insolente. Une crue essentielle. Ne longez pas le temps, nous y sommes passés. Je reviens de l'écluse, des bateaux s'y entassent. Ce bruit toujours, c'est l'ombre.

Les journaux du virus #43

Fri, 04/24/2020 - 07:54

Les premières graines germent. Je cherche une arme de poing. Des ravageurs prennent les villes. Sur ma bouche mon tissu. Il y a au sol détrempé des traces de pas. L'averse hache nos toits. Une colombe en promenade.

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