Face Écran — Daniel Bourrion

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Une sorte de journal — 17 mars 2019

Sun, 03/17/2019 - 17:51

Des poètes silencieux ; il y a le titre et puis la suite et ça n'avance pas — une brève échauffourée ; cela ne passe pas mais tu ne le sais pas.

Les Surgissants #2 — Une moto au fossé

Wed, 03/13/2019 - 18:28

Avant il y les deux en kimonos qu'annoncent la moto garée en amont au chemin, la bicyclette reposant contre quand la machine au moteur tiède est sa béquille au bord de la terre dure que devient d'un seul coup la route, on dirait que c'est là le bout du monde mais c'est seulement un lieu où l'on ne va que peu, quelques années après, ou peut-être est-ce dans le même moment, une cabane de planches récupérées à la scierie dans l'autre morceau du village viendra se cacher au bas de cet arbre qu'on voit là-bas, on dépasse la moto, la bicyclette aussi, il suffit d'avancer dans le pré vide jusqu'à derrière le verger aux arbres ras, les deux sont là en plein entraînement qu'ils font eux seuls ensemble en plus de celui de leur club, on dirait une danse, kimonos blancs et ceintures noires avec leurs quatre pieds très nus pareillement blancs, on peut rester si l'on demeure silencieux et dans les hautes herbes on reste ainsi assis à regarder comme ils se cherchent et creusent la faille et s'envoient valdinguer quand une jambe passe, qu'un contre rate, même d'ici on peut entendre le grognement de celui qui mange le sol, le han qu'il fait au moment de l'impact, leurs quatre-vingts kilos de muscles chacun luttent dans une fraternité mais c'est combat à balles réelles (...)

Les Surgissants

Sun, 03/10/2019 - 11:41

Pas sa mort, l'enterrement, de cette dernière aucun souvenir à part peut-être un brouhaha, une rumeur enflant depuis la rue, des cris que ne retiennent pas les mères, des hurlements, des pleurs, des jambes se dérobant quand les corps tombent lentement au sol fauchés, des mains sont plaquées sur les bouches pour arrêter une horreur qui ne veut plus s'éteindre, ne le peut plus, ce sont de petits tas d'une douleur sans fin parsemant le trottoir et qui sont sans visages, il y a deux fois au moins et peut-être trois qu'un tel chambardement retourne le monde mais c’est seulement ça qui reste, l'enterrement et même pas le rituel, la même cérémonie toujours aux mêmes moments exactement venus les uns après les autres, une chaîne, un maillon appelle l'autre, même pas ça mais deux moments avant encore du temps où le mort, la morte en l'occurrence, est encore là, dans ses murs endormie et donc quasi-vivante, pas encore partie, pas effacée, pas réduite à tenir le siège du temps depuis une photographie posée sur le buffet mais présente encore dans ce qui reste de son corps qu'emmaillotent six planches vernies (...)

Une sorte de journal — 07 mars 2019

Thu, 03/07/2019 - 21:13

Quelque chose de la nuit.

Une sorte de journal — 06 mars 2019

Wed, 03/06/2019 - 20:20

Un homme aux charnières de mots — la poésie a son visage au moins ; ce n'est pas alchimie, c'est le travail patient, ingrat, de l'artisan ; on reconnaît les Simples à ce qu'ils taisent.
 

Antoine Emaz, in memoriam

Roses #5

Sat, 02/23/2019 - 20:12

[...] Les mois qui passent ensuite les font devenir gros et gras quand roses ils demeurent, propres toujours malgré ce que prétend l'insulte, ils sont soigneux pour peu qu'on prenne le plus grand soin de leur espace, qu'on débarrasse chaque semaine ce qu'ils laissent d'eux, de leur sanie, dans toujours le même recoin, c'est cela aussi qui montre cette sorte d'intelligence qu'ils ont, et chaque samedi c'est la corvée qu'on tente d'éviter mais cela ne fonctionne jamais, aucune stratégie n'est efficace, il y a toujours ce moment, quand on pensait que le père avait oublié, où il nous disait de ne pas traîner à aller les nettoyer, et cela sur le ton qui disait qu'il n'y avait rien à dire...

Une sorte de journal — 19 février 2019

Tue, 02/19/2019 - 20:10

Une part de moi allée, une autre — ne reste qu'un rien de fleurs, son frôlement d'abeilles ; tu es ma part manquante.

Roses #4

Thu, 02/14/2019 - 21:45

[...] le noir dedans arrête les cris, au sol la jute est comme vivante lentement remuant à mesure que dedans la petite chose rose explore ce qui n'est plus que piège, on fera de même pour les autres et puis finalement c'est deux ou trois sacs noués vivants à charger en brouette, on imagine l'honneur de celui qui peut pousser cela jusque dedans la rue et puis vers la maison, toujours l'un d'eux lâche sa crotte et le cortège dans le soir venu s'en va dans une odeur musquée, des reniflements, on ne sait plus, des hommes ou bien des porcs, qui sent ainsi si fort.

Roses #3

Mon, 02/11/2019 - 20:05

[...] La mère n'est jamais là, elle tuerait tout le monde sans coup férir si l'on venait à s'approcher en sa présence alors elle est ailleurs, sans doute dehors, ce sont de grosses silhouettes roses qu'on voit au loin vaquer avec leurs mamelles innombrables lorsque l'on quitte le village en direction de M** qui traînent sous les arbres ou bien s'y grattent le dos, tout bouge du tronc à la plus haute des branches, il n'y a jamais de fruits cueillis par là, ils n'ont pas le temps de mûrir, elles ont eu tellement de portées qu'elles ne s'en souviennent sans doute plus mais il reste l'instinct de défendre ses petits...

Roses #2

Sun, 02/10/2019 - 15:10

[...] cela bruisse de toutes parts, leurs sabots lourds écrasent la paille propre qu'elles souilleront rapidement et la sorte de caniveau prévu pour recueillir l'essentiel de leurs déjections et qu'il fallait dégager au balai de chantier n'y fera pas grand chose, lorsqu'on longe leurs masses leurs queues viennent parfois vous fouetter si l'on passe trop près, on apprend vite à rester large, elles font juste sur la droite deux longs alignements de culs et de ruminements et entre au plein milieu il y a un passage qu'on prendra par la suite séparé des grosses bêtes par deux murets gris sales aux sommets arrondis, à gauche je me souviens de la cuve d'inox où arrivait le lait et c'est dedans directement que la fermière plongeait sa louche longue pour emplir nos bidons mais ce n'est pas l'histoire cette fois, on va donc sur la droite pour pousser une porte qui résiste parfois, derrière cela remue de part et d'autre sitôt qu'on entre tous derrière notre hôte dont je ne vois que la moustache dans l'épaisseur maintenant tombée du temps et j'ai à poser ça un doute, s'il y avait moustache, il y a quatre stalles peut-être avec la porte et les barres verticales et l'auge et ça s'agite de plus en plus avec force grognements, ce serait une panique ou juste la faim on ne saura jamais, il leur manque la parole...

Roses

Sun, 02/03/2019 - 18:33

J'en compte trois d'abord et puis ils seront cinq quelques années ensuite dans l'étable que l'on n'aura pas agrandie pour autant parce que l'on pouvait pas, il n'y avait nulle place à moins d'ouvrir sur la droite et ça on ne pouvait pas, une histoire de bornage coupant la bâtisse basse en deux et donc il leur faudra se serrer tout contre les autres mais au début ce n'est pas grave, ils sont si minuscules, on va les chercher au tombée du soir dans la ruelle qui est derrière la rue tranchant en deux et tout de sa longueur le village, il faut prendre sur la gauche juste devant en contournant l'autre maison qui fait le bout de l'avancée, elle est vide maintenant depuis dix ou vingt ans ou peut-être même plus mais là-devant avant qui est alors vivait cette très vieille dame diaphane dont l'on voyait le soir la silhouette dans la chambre du haut lorsqu'elle refermait ses volets, elle semblait ne peser mais rien, qui descendait l'escalier du devant en serrant fort la rampe faite d'un tuyau de fer de couleur de ciel et c'est elle qu'on emmena dans un hélicoptère un jour qu'un tétanos tenta de la tuer, elle en revint riante mais la maison est vide maintenant, on ne vit pas toujours, et après la ruelle monte vers pas grand chose puisqu'elle est une impasse et sur la gauche il y cette ferme d'où provenait aussi le lait mais cette fois on vient pour autre chose, il faut passer les vaches, leur lourde odeur chaude, le bruit qu'elles font à mâcher et à chier...

Une sorte de journal — 03 février 2019

Sun, 02/03/2019 - 09:02

Cette longue fatigue — marcher dans un grand gel ; par la traverse arrive une aube incontrôlable, un feu ; je ne crois nul oiseau.

Une sorte de journal — 30 janvier 2019

Wed, 01/30/2019 - 20:03

Nous serons à mourir parfois ; je t'attends sur ce banc — tout le temps qu'il faudra.

Une sorte de journal — 23 janvier 2019

Wed, 01/23/2019 - 21:27

Une parcimonie — demain arrive le gel ; un ciel jaune et puis bleu.

Une sorte de journal — 21 janvier 2019

Mon, 01/21/2019 - 19:49

Vers le haut feu maçon, tes mains de basses pierres ; je croise l'odeur des noyaux — ils vont là où ils veulent traçant un chemin à eux seuls. 

Une sorte de journal — 17 janvier 2019

Thu, 01/17/2019 - 21:15

Tu es ce rien du tout — des pétales et une aube ; ce devait être ùa promenade dans une ville sans fard ; un sommeil en patience.

La dispense #18

Sat, 01/12/2019 - 09:42

[...] plus tard il y aura pendant un match de foot, une autre belle seconde, un tout petit tournoi organisé interne, personne ne me voulait prendre dans son équipe, de guerre lasse quand même, me voilà dans celle-là, je fais ce que je peux, je jongle ce que je peux, ils me mettent en avant, la place des attaquants, toute ma petite troupe est faite de spécialistes qui ne cessent jamais d'échanger des tactiques, je n'y comprends que couic, je shoote lorsque la balle me tombe dans les pieds, c'est toujours au hasard, je rate à chaque fois la cage du gardien, doucement le ton nous monte et maintenant ça gueule, t'es vraiment qu'une quiche, ce n'est pas compliment même si je suis lorrain, soudain dans l'air nerveux, je vois une ouverture, c'est comme voir la lumière au milieu de la nuit, mon pied réagit seul, mon esprit est ailleurs ou peut-être en arrière à juste envisager, ma balle est impeccable à trajectoire parfaite qui semble se mettre seule en plein dans la lucarne, le gardien est scotché et tout le monde aussi, tout l'univers s'arrête avant que d'un mouvement, mon équipe converge et me porte vers les nues, je suis devenu dieu par la magie seulement, mon seul but je pense de toute une petite vie, ça ne fait pas grand chose mais je m'en contenterai.

Une sorte de journal — 07 janvier 2019

Mon, 01/07/2019 - 15:57

Quelqu'un viendra qui aura ton nom, ton visage, et ce sera un autre ; une bruine sans lendemain — je suis le jour encore.

La dispense #17

Sun, 01/06/2019 - 11:19

[...] nous sommes les premiers, les cinquante premiers du matin dans la piscine cachée que la ville prête au régiment, pieds nus et puis treillis, je crois que nous formons une scène incongrue, cinquante militaires, un contingent, le juteux est pareil mais lui n'a pas de veste, le pantalon seulement, on voit son torse nu et musclé de partout, la consigne est très simple, tu sautes de ce côté, tu nages jusque de l'autre, et puis tant qu'on y est, tu évites de couler, avec pour les plus forts, le petit plus en plus, tu te fais le retour, ça me fera plaisir, il dit qu'il sera là pour nous sortir de l'eau quand on étouffera, on saute l'un après l'autre, toujours la file indienne, toujours ce petit temps d'attendre que vienne son temps, dès que je suis à l'eau le tissu pèse son poids et commence à se goinfrer très vite de tout le liquide qu'il trouve, le jeu c'est qu'évidemment, le treillis devient de plus en plus lourd, les plus malins l'ont compris, ils nagent très vite de suite pour avoir fait le plus de chemin avant de peser lourd mais pour faire cela, encore faut-il ne pas être occupé à ne pas couler et moi je suis là-dedans, à tenter de ne pas couler...

Une sorte de journal — 06 janvier 2019

Sun, 01/06/2019 - 09:54

Dans le ressac du temps, parlant de sœur ; je lève maintenant une distance ; il y a des oiseaux, ce pouvait être toi, c'est seulement des oiseaux.

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