Face Écran — Daniel Bourrion

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Updated: 1 hour 14 min ago

Une sorte de journal — 12 novembre 2019

Tue, 11/12/2019 - 21:35

Des menaces de vie — je suis encore le fleuve.

Une sorte de journal — 11 novembre 2019

Mon, 11/11/2019 - 07:59

Tu nargues la crue, cette vagabonde à la chevelure verte ; roitelet, ton vol sans royaume — je bouscule la futaie, l'invisible déversoir.

Comment je n'ai pas été écrivain #2

Sun, 11/10/2019 - 13:43

... sans que personne ne prenne conscience qu'il s'agissait, là, sur le papier, de ce que l'on peut considérer comme le premier de mes textes, écrit en classe de sixième, sans que je sache ce qui en avait déclenché l'écriture même si, quand même, le thème, inspiré directement d'une série télévisée diffusée alors, une histoire d'âge de cristal, de robot androïde, pourrait laisser à penser que simplement, l'occasion, l'imitation, avaient fait le larron, ceci ne réglant pas toutefois la question du pourquoi — pourquoi, soudain, j'avais eu le besoin d'écrire, et été allé jusqu'à le faire, en parlant même à l'un de mes camarades de classe d'alors qui, des années après, quand nous terminions la dernière étape du collège, approchions des dernières semaines dont nous savions qu'ensuite, nous ne nous verrions pas, ce qui avait été le cas, définitivement, m'avait quand même demandé ce qu'il en était pour moi maintenant de l'écriture, ce à quoi je n'avais pas su répondre et à quoi je n'ai toujours nulle réponse. 

Une histoire de riens #12

Thu, 11/07/2019 - 20:44

" Il arrivait plus bas que ça déborde, les pluies venues depuis plus haut dans la vallée, d'autres étangs, d'autres cours d'eau, venant ennoyer les fossés, les ruisseaux parcourant le ban, s'y croisant, essayant autant que possible d'avaler ce qu'ils pouvaient du déluge et puis régurgitant finalement, emplis, leur surplus au visage de la plaine, à ses prés à l'herbe devenue presque grise et dont les brins vautrés se voyaient recouverts en quelques heures, une nuit au plus, d'une eau sale stagnante semblant sourdre aussi des tréfonds, comme si des sources cachées s'étaient mises à parler du dessous pour rejoindre la pluie, les débordements, jusqu'à ce que tout devienne un miroir immense dans lequel se hâtaient des nuages noirs n'étant que reflets du ciel là-bas. "

Comment je n'ai pas été écrivain

Tue, 11/05/2019 - 20:35

À le rechercher, ne pas le trouver, j'en déduis que le premier a disparu enseveli dans les tiroirs de la chambre du haut, ou peut-être qu'il n'a fait qu'y passer avant de servir d'allume-feu pour la chaudière à bois, celle qu'il convenait parfois de rallumer au matin lorsqu'elle avait terminé de dévorer les bûches enfournées en grand nombre le soir, le plus proche possible aussi avant le coucher, pour justement ne pas en arriver là au lever, constater dans l'appartement du premier, dès l’œil ouvert, qu'il faisait froid, enfin, anormalement, descendre, ouvrir la machine trapue, constater de visu l'extinction, avoir à construire puis enflammer le petit monticule de morceaux de cageots effilochés entassés sur un papier froissé roulé en boule, destin habituel du journal de la veille ou, donc, de quelque cahier retrouvé par hasard et qui n'avait plus grand intérêt, semblait n'en avoir eu jamais aucun d'ailleurs...

Une sorte de journal — 02 novembre 2019

Sat, 11/02/2019 - 09:01

Pour entrer au village tourne le dos à l'océan, sa constance rageuse ; la guilde des moineaux glanant tout avant l'aube — le plus petit est le plus grand ; si loin je me rapproche.

Une sorte de journal — 30 octobre 2019

Wed, 10/30/2019 - 20:30

Il pleuvait tout le jour quand je pensais au fleuve ; ta poésie est ma besace — un couteau dans la plaie ; j'écris beaucoup pour taire tout.

Une histoire de riens #11

Sun, 10/27/2019 - 11:38

" Reste que je n'en ai rien connu, sinon ce que pouvaient en raconter quelques photographies entassées dans des boîtes à chaussures elles-même empilées dans quelque armoire ou les placards très communs dans les constructions d'après, construits en dur dans les murs même des maisons, prévus dès la construction, auxquels on rajoutait des portes dont on pouvait aisément croire qu'elles ouvraient sur d'autres pièces au sein de ces constructions d'alors, immenses, pleines de recoins et s'étalant au milieu de terrains herbeux sans fin sur l'arrière desquels poussaient des vergers d'abord impeccables puis de plus en plus touffus, mal entretenus à mesure que les propriétaires, vieillis, fatigués, ne parvenaient plus à en assurer l'entretien, mais qui finalement ne recelaient que des étagères épaisses d'un doigt, recouvertes d'un papier fleuri, surchargées d'un fatras, vaisselle de grandes circonstances, verres, bouteilles d'apéritifs oubliés, et donc de cartons affaissés au dedans desquels on trouvaient découpées dans des papiers de fort grammage, rectangulaires, aux bords parfois dentelés, de petites traces du temps... "

Une sorte de journal — 21 octobre 2019

Mon, 10/21/2019 - 21:27

Cette neige impossible ; trois rosiers pour mémoire ; je retourne dans la steppe seulement s'il faut m'y perdre — un homme de solitude.

Une histoire de riens #10

Sat, 10/19/2019 - 18:40

"J'ai pensé très longtemps qu'ils étaient deux voire quatre ou cinq mais à y revenir c'est bien le même tout du long, et le quatre ou le cinq que je croyais, ce sont les points où ma mémoire s'est fixée en suivant les berges d'un unique ruisseau — quatre ou cinq ruisseaux, dans un même village, cela faisait beaucoup d'autant qu'on ne parle pas ici de Venise, mais d'un simple paquet de maisons posé sur le plateau au milieu duquel passe une rivière, ou plutôt, ce ruisseau dont nous tenions ainsi chaque mètre."

Une histoire de riens #9

Fri, 10/11/2019 - 20:52

"... autant de pièces du puzzle que, parmi d'autres, il avait entrepris de collecter pour s'en faire donc cette petite chose dont le patchwork témoignait, à sa manière, d'un temps passé, d'un temps fait d'assemblages de planches mal jointives liées par des traverses, recouvertes de toiles déchirées, tenues ensemble de ficelles ; de fenêtres déglinguées dont on pouvait penser que mlagré tout, un jour, jadis, elles avaient été neuves, peintes de frais ; de planchers en chêne massif maintenat rayé de toutes parts, gondolant tant qu'on ne pouvait plus même y marcher sans trébucher, à moins, évidemment, que ces trébuchements ne soient le résultat de ce qu'on buvait pour tenir, l'hiver, au froid, l'été, au chaud, puisqu'à chaque saison correspond une ivresse."

Une histoire de riens #8

Mon, 10/07/2019 - 19:16

"Il aurait fallu, cela dit, que ça morde, et ça mordait mais pas sur nos lignes, sur celles du voisin, au village et sur l'étang, qui habitait la maison d'à côté et était là déjà lorsque nous arrivions sur l'étang dans son pantalon d'atelier bleu informe, son pull de même tenue, sa cigarette éteinte au bec, les mains dans les poches plongées, immobile tant qu'on aurait cru un héron grotesque, gigantesque, attendant que bouge le bouchon, ce qui ne manquait pas..."

Une sorte de journal — 04 octobre 2019

Fri, 10/04/2019 - 18:32

J'oublie d'écrire en écrivant ; depuis hier passent des colonnes invisibles et bruyantes ; c'est brasser toute une vie — ce rien qui fait histoire.

Une histoire de riens #7

Wed, 10/02/2019 - 12:50

" La routine s'était rodée à force d'années passées et de générations se transmettant les gestes, les habitudes, les dates et puis surtout les signes infimes, invisibles au commun, avertissant que le moment est arrivé, maintenant, d'aller chercher ce que l'on attendait depuis des mois, une douzaine en fait, dans la grande roue que fait le temps. Un matin donc, tout démarrait, une folie de machines parcourant en tous sens ce qu'on pouvait voir aux alentours de prés laissés à monter aussi haut qu'ils le pouvaient dans ce qu'ils hébergeaient d'herbes vertes, elles finissaient fauchées, tombées en rangs serrés dans une bataille perdue d'avance, les dents triangulaires aiguisées follement les prenant en tenailles dans leurs mouvements saccadés, déments quasi, on aurait pu y laisser tous les doigts, ça arrivait régulièrement, on glisse vite sur des brassées couchées et peut-être bien que c'est seulement celles qu'on vient de faire tomber qui vous rendent la monnaie. "

Une histoire de riens #6

Sun, 09/29/2019 - 10:26

" Le mystère de cette figure persiste, que les années, la distance, n'arrangent pas, et dissipent encore moins, et ce n'est pas la dernière rencontre qui peut y faire quoi que ce soit, sous les toits très haut d'un marché couvert, entre les étals incroyables de viandes et de légumes, le Ventre de Paris ou presque, j'errais, entre les allées larges il discutait avec une commerçante de je ne sais quelle échoppe là jetée, ils se tenaient plein milieu de l'allée, pas reconnu, pas vu, je n'ai saisi qu'une partie de l'échange, une recette de cuisine je crois, quand cette scène me le fit apparaître une minute sous un angle inédit, dans une posture de notable à ce qu'il m'a semblé voir, ressentir de la manière dont elle le regardait, cet inédit donnant à l'image du passé une dernière épaisseur d'inconnu, c'était un temps gros de lui-même."

Une histoire de riens #5

Sat, 09/28/2019 - 11:43

"Il s'en fallait de peu à chaque fois que l'affrontement se termine sinon dans le sang, au moins, en laissant sur le sol quelque évanoui assommé pour longtemps par le vol vrombissant, court et sournois, on ne voyait le projectile qu'à la dernière seconde, quand il était déjà presque trop tard pour l'esquive, esquisser un geste de sauvegarde, se protéger les yeux, le nez, le front, d'un coude replié, pour le reste de la cible qu'on était, on laissait venir, rien de vital en fait par là et ça ne ferait, au mieux, qu'un souvenir douloureux, au pire un bleu exhibé les jours suivants en soulevant très vite son pull dans l'autobus menant sa mauvaise troupe vers les écoles autour, les stigmates violacés de ces combats faisant quand même de ceux qui les portaient des héros temporaires, rien qu'il faille rater pour briller quelques heures dans les regards des filles." 

Une histoire de riens #4

Wed, 09/25/2019 - 18:20

"Si je poursuis, c'est au bas des prés versant de part et d'autre vers le courant, à l'arrière des maisons, et parallèlement à la route principale, que je me transporte maintenant. C'était un après-midi dans l'automne, un mercredi sans doute, nous étions à monter une forme de radeau, il n'y a de rivière qu'on ne veuille traverser un jour ou l'autre même si, comme là, on pourrait tout autant en franchir la largeur d'un seul bond mais quoi, on perdrait la griserie de construire quelque chose, un pont, une barque, un tas flottant de planches accrochées les unes sur les autres..."

Une histoire de riens #3

Sat, 09/21/2019 - 10:06

" Parfois aussi, il s'agit de couper aux trottoirs de la route principale, la seule quasiment, où donc tout le monde saurait ce que l'on fait, qui l'on visite, puisqu'on désire parfois ne pas être vu, non pas qu'on mène quelque action louche mais, simplement, il arrive que l'on veuille échapper aux mille regards qui des fenêtres, derrière les rideaux, détaillent tout ce qui vient quand bien même on ne distingue pas une âme qui vive dans le village comme assoupi, on dirait bien un mort couché de tout son long dans la plaine sans fin..."

Une histoire de riens #2

Sun, 09/15/2019 - 11:19

"Dans les armoires pourrissaient des robes de mariées blanches puis grises puis brunes, on aurait dit les restes d'un incendie très lent, leur tissu fondant patiemment malgré les bouquets de lavande dans leurs sachets tissés, les boules de naphtaline attachées de toutes parts et faisant des boules de noël qui n'y pouvaient cependant rien — les bêtes les dévoraient aussi, comme le reste, à la faveur des années, dans le secret noir des meubles laissés dans les greniers."

Une histoire de riens

Sat, 09/14/2019 - 13:58

" La montée se faisait en cahots, ceux générés par la charrette que tirait le plus poussif tracteur jamais vu sur cette terre, une antiquité bonne à rien et donc à tout, qu'on sortait pour cette occasion aussi et dont le moteur fumait dru, et noir, crachant une colonne tellement dense qu'elle semblait non plus de fumées mais d'une pierre taillée dans un cylindre parfait. "

 

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