Face Écran — Daniel Bourrion

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Updated: 38 sec ago

Une histoire de riens #9

Fri, 10/11/2019 - 20:52

"... autant de pièces du puzzle que, parmi d'autres, il avait entrepris de collecter pour s'en faire donc cette petite chose dont le patchwork témoignait, à sa manière, d'un temps passé, d'un temps fait d'assemblages de planches mal jointives liées par des traverses, recouvertes de toiles déchirées, tenues ensemble de ficelles ; de fenêtres déglinguées dont on pouvait penser que mlagré tout, un jour, jadis, elles avaient été neuves, peintes de frais ; de planchers en chêne massif maintenat rayé de toutes parts, gondolant tant qu'on ne pouvait plus même y marcher sans trébucher, à moins, évidemment, que ces trébuchements ne soient le résultat de ce qu'on buvait pour tenir, l'hiver, au froid, l'été, au chaud, puisqu'à chaque saison correspond une ivresse."

Une histoire de riens #8

Mon, 10/07/2019 - 19:16

"Il aurait fallu, cela dit, que ça morde, et ça mordait mais pas sur nos lignes, sur celles du voisin, au village et sur l'étang, qui habitait la maison d'à côté et était là déjà lorsque nous arrivions sur l'étang dans son pantalon d'atelier bleu informe, son pull de même tenue, sa cigarette éteinte au bec, les mains dans les poches plongées, immobile tant qu'on aurait cru un héron grotesque, gigantesque, attendant que bouge le bouchon, ce qui ne manquait pas..."

Une sorte de journal — 04 octobre 2019

Fri, 10/04/2019 - 18:32

J'oublie d'écrire en écrivant ; depuis hier passent des colonnes invisibles et bruyantes ; c'est brasser toute une vie — ce rien qui fait histoire.

Une histoire de riens #7

Wed, 10/02/2019 - 12:50

" La routine s'était rodée à force d'années passées et de générations se transmettant les gestes, les habitudes, les dates et puis surtout les signes infimes, invisibles au commun, avertissant que le moment est arrivé, maintenant, d'aller chercher ce que l'on attendait depuis des mois, une douzaine en fait, dans la grande roue que fait le temps. Un matin donc, tout démarrait, une folie de machines parcourant en tous sens ce qu'on pouvait voir aux alentours de prés laissés à monter aussi haut qu'ils le pouvaient dans ce qu'ils hébergeaient d'herbes vertes, elles finissaient fauchées, tombées en rangs serrés dans une bataille perdue d'avance, les dents triangulaires aiguisées follement les prenant en tenailles dans leurs mouvements saccadés, déments quasi, on aurait pu y laisser tous les doigts, ça arrivait régulièrement, on glisse vite sur des brassées couchées et peut-être bien que c'est seulement celles qu'on vient de faire tomber qui vous rendent la monnaie. "

Une histoire de riens #6

Sun, 09/29/2019 - 10:26

" Le mystère de cette figure persiste, que les années, la distance, n'arrangent pas, et dissipent encore moins, et ce n'est pas la dernière rencontre qui peut y faire quoi que ce soit, sous les toits très haut d'un marché couvert, entre les étals incroyables de viandes et de légumes, le Ventre de Paris ou presque, j'errais, entre les allées larges il discutait avec une commerçante de je ne sais quelle échoppe là jetée, ils se tenaient plein milieu de l'allée, pas reconnu, pas vu, je n'ai saisi qu'une partie de l'échange, une recette de cuisine je crois, quand cette scène me le fit apparaître une minute sous un angle inédit, dans une posture de notable à ce qu'il m'a semblé voir, ressentir de la manière dont elle le regardait, cet inédit donnant à l'image du passé une dernière épaisseur d'inconnu, c'était un temps gros de lui-même."

Une histoire de riens #5

Sat, 09/28/2019 - 11:43

"Il s'en fallait de peu à chaque fois que l'affrontement se termine sinon dans le sang, au moins, en laissant sur le sol quelque évanoui assommé pour longtemps par le vol vrombissant, court et sournois, on ne voyait le projectile qu'à la dernière seconde, quand il était déjà presque trop tard pour l'esquive, esquisser un geste de sauvegarde, se protéger les yeux, le nez, le front, d'un coude replié, pour le reste de la cible qu'on était, on laissait venir, rien de vital en fait par là et ça ne ferait, au mieux, qu'un souvenir douloureux, au pire un bleu exhibé les jours suivants en soulevant très vite son pull dans l'autobus menant sa mauvaise troupe vers les écoles autour, les stigmates violacés de ces combats faisant quand même de ceux qui les portaient des héros temporaires, rien qu'il faille rater pour briller quelques heures dans les regards des filles." 

Une histoire de riens #4

Wed, 09/25/2019 - 18:20

"Si je poursuis, c'est au bas des prés versant de part et d'autre vers le courant, à l'arrière des maisons, et parallèlement à la route principale, que je me transporte maintenant. C'était un après-midi dans l'automne, un mercredi sans doute, nous étions à monter une forme de radeau, il n'y a de rivière qu'on ne veuille traverser un jour ou l'autre même si, comme là, on pourrait tout autant en franchir la largeur d'un seul bond mais quoi, on perdrait la griserie de construire quelque chose, un pont, une barque, un tas flottant de planches accrochées les unes sur les autres..."

Une histoire de riens #3

Sat, 09/21/2019 - 10:06

" Parfois aussi, il s'agit de couper aux trottoirs de la route principale, la seule quasiment, où donc tout le monde saurait ce que l'on fait, qui l'on visite, puisqu'on désire parfois ne pas être vu, non pas qu'on mène quelque action louche mais, simplement, il arrive que l'on veuille échapper aux mille regards qui des fenêtres, derrière les rideaux, détaillent tout ce qui vient quand bien même on ne distingue pas une âme qui vive dans le village comme assoupi, on dirait bien un mort couché de tout son long dans la plaine sans fin..."

Une histoire de riens #2

Sun, 09/15/2019 - 11:19

"Dans les armoires pourrissaient des robes de mariées blanches puis grises puis brunes, on aurait dit les restes d'un incendie très lent, leur tissu fondant patiemment malgré les bouquets de lavande dans leurs sachets tissés, les boules de naphtaline attachées de toutes parts et faisant des boules de noël qui n'y pouvaient cependant rien — les bêtes les dévoraient aussi, comme le reste, à la faveur des années, dans le secret noir des meubles laissés dans les greniers."

Une histoire de riens

Sat, 09/14/2019 - 13:58

" La montée se faisait en cahots, ceux générés par la charrette que tirait le plus poussif tracteur jamais vu sur cette terre, une antiquité bonne à rien et donc à tout, qu'on sortait pour cette occasion aussi et dont le moteur fumait dru, et noir, crachant une colonne tellement dense qu'elle semblait non plus de fumées mais d'une pierre taillée dans un cylindre parfait. "

 

Une sorte de journal — 10 septembre 2019

Tue, 09/10/2019 - 15:29

Un temps gros de lui-même ; je reste à l'exacte distance — mon combat rapproché ; quelques pêches de vigne dans les nuages.

Une sorte de journal — 01 septembre 2019

Sun, 09/01/2019 - 15:27

Une maison d'araignées ; la sente avale toutes les mûres — il reste une source là-bas ; avec la distance, son sol.

Nous/On

Sun, 09/01/2019 - 09:53

On était sur l'avant, d'aubes vêtus tels prêtres mais blanches, manière de faire croire à la pureté censée être la nôtre mais qui depuis longtemps n'était plus qu'une couleur, un étendard qu'on passait sans y croire vraiment, comme on emportait la croix, et l'encensoir, accessoires nécessaires dont on était porteurs, fiers, rieurs quoi que pour le rire, il devait rester silencieux, du fait de la surveillance active du village en entier, des parents surtout, et de ce qu'on était visibles, très, au tout devant de la procession ou au chœur de l'église, sur les côtés, dans ces bancs posés au perpendiculaire de la nef laissant exposés à tous les regards, surtout si l'on était entré le dernier, le premier, lui, coincé contre le mur, caché un peu, parvenant au moins à se dissimuler derrière son complice et de là lancer quelque ânerie, provoquer un fou-rire que reprendraient, en face, les mêmes lurons posés pareils, hilares déjà, la messe n'avait même pas commencée.

Une sorte de journal — 30 août 2019

Fri, 08/30/2019 - 19:19

Dans un roman, cette vieille femme noire — écrire comme lui ; je ne sais pas raconter un azur blanc.

Une sorte de journal — 26 août 2019

Mon, 08/26/2019 - 18:12

Un infini, le romarin ; il faut battre à mains nues toute mémoire ; nous allions droit vers l'est dans des trains impossibles.

Une sorte de journal — 25 août 2019

Sun, 08/25/2019 - 11:59

Un rien de terre pour s'y chauffer ; je cherche la forme parfaite — une parole adéquate ; tenir le monde ensemble, et son martin-pêcheur.

Une sorte de journal — 20 août 2019

Tue, 08/20/2019 - 18:22

Atteindre à l'arête du jour ; une récolte de rien ; tu es toujours dans cette langue que personne ne parle — je suis à construire le mur de demain.

Étangs #3

Sat, 07/13/2019 - 10:16

(...) personne pour y aller nager ou alors, dans des temps immémoriaux, on nous racontait ces histoire d'un qui plongeait alors mais avec en tour de taille une corde que les autres dessus la rive, la digue restés, tenaient pour le tirer à terre quand il remontait des tréfonds, il ne savait pas nager, personne en ces temps-là pour savoir, c'est sur la terre qu'on vivait et pas dans l'eau, cet élément laissé sans nul regret aux canards, aux poissons, aux marins qui là-bas, tellement loin qu'on se disait que c'était une légende, partaient affronter des tempêtes, des vagues hautes plus que les maisons serrées le long des routes droites, le clocher de l'église (...)

Une sorte de journal — 09 juillet 2019

Tue, 07/09/2019 - 19:06

Je suis celui dont la ville fuit, et qui n'a nul bagage que ceux laissés des autres — mon nom est un mur rongé de lierres.

Une sorte de journal — 05 juillet 2019

Fri, 07/05/2019 - 20:31

J'ai marché sur une plage et j'étais le premier ; cet océan emportant ton écume — une vague d'infini ; quatre galets sur ma table, puis toi.

J'ai partagé un appartement avenue des Vosges avec une dame qui aurait été ma grand-mère si j'en avais eu. Je rêve depuis toujours de devenir routier puisque mon père l'a été. Je ne sais pas réellement qui je peux être. J'ai marché sur une plage et j'étais le premier. #àMainLevé

— Daniel Bourrion (@dbourrion) July 5, 2019