Face Écran — Daniel Bourrion

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Les Immortels #9

Mon, 07/27/2020 - 09:34

À l'inventaire il faut ajouter l'essentiel. Les cartons allongés, pliables, des paris PMU. La pince sans laquelle ces cartons ne servent qu'à encombrer. Il est des milliers de joueurs de l'époque qui jouent à espérer changer de vie. Troquer la leur pour celle de millionnaire. Il ne rate pas une occasion. Il y passe les dimanches quand l'organisation du service des repas l'y autorise. Sinon, il s'occupe de cela le soir, en rentrant de l'hospice. Dans la salle à manger sur le devant.

Une sorte de journal — 25 juillet 2020

Sat, 07/25/2020 - 10:29

Une écriture d'échardes
je suis ton festin d'araignées.

Une sorte de journal — 23 juillet 2020

Thu, 07/23/2020 - 19:19

J'inscris le monde dans un cercle.
Le labeur des racines.
Rien que je puisse comprendre.

Les Immortels #8

Sun, 07/19/2020 - 18:51

Quand le week-end arrive, il passe son équipement. Il rejoint des amis que nous ne verrons jamais. Ils ont construit sur les lèvres du bois un cabanon de chasse. Il est à la croisée des passées de gibier. Du moins, c'est ce qu'il dit. Pour y avoir été une fois, je n'ai vu que des arbres. Et des champs vautrés au soleil. Oublieux de la rosée tendre. De cerfs, de biches, de daims, de sangliers, je n'ai pas vu une ombre.

Les Immortels #7

Wed, 07/15/2020 - 19:57

Sur la stèle de marbre gris clair, il y a une plaque évoquant l'aventure. Les pièces échangées. La maladie en fait. Rien ne témoigne de la fête. Rien ne raconte les fous rires. Les barbecues. Les jours sur le chantier. Les cailles. L'odeur de la peinture. Les brochettes nous laissant les lèvres à vif dans la ville de l'autre côté d'une frontière ridicule. La voiture à tombeau ouvert. La cueillette des poires. Le vent dans les herbes hautes. Rien ne témoigne de ce que les mots ne nous suffisent pas. 

Les Immortels #6

Sat, 07/11/2020 - 21:14

Du peu, je sais encore les vaches amenées à paître dans des prés même pas enclos. Là-haut, où sont aussi les vignes. Les enfants surveillaient. Jouaient. Dormaient à l'ombre des arbres sur le flanc pile au Sud. Parfois on retrouvait les bêtes à l'autre bout du ban. La ceinture du père servait à la fessée. Personne ne protestait. Il y avait les bêtes à traire. Il y avait l'étable à nettoyer. La paille fraîche à descendre du grenier. Le fumier à charger sur la brouette plate. À entasser sur celui de la veille. De l'avant-veille. Des jours depuis toujours.

Les Immortels #5

Sat, 07/04/2020 - 08:31

Reste que nous revenions. Notre chauffeur nous emmenait. Nous ne décidions rien. Le tropisme de l'eau. Celui de la cahute. La force des routines. Celles des promesses quand même, de pêches miraculeuses. Se résolvant toujours de quelques poissons gris argent. Frétillant minuscules dans l'eau d'un seau de fer blanc. Que nous retrouvions, le soir, roulés dans la farine. Dans le beurre fondu. Grillés, dans nos assiettes. Où leurs martyrs faisaient une sarabande triste. Ne nous empêchant pas de les croquer avec forces grimaces censées exprimer le délice qu'était cette dévoration. Le craquement de leurs corps rôtis dessous nos dents.

Une sorte de journal — 27 juin 2020

Sat, 06/27/2020 - 09:07

Le bleu du sable
— sa forteresse.

J'ai cueilli ton silence,
la foudre et le parfum,
un muret puis le banc.

Ce que j'écris n'est pas ce que tu lis.

Les Immortels #4

Mon, 06/22/2020 - 13:50

Lorsqu'ils ressortent la nuit est là. Ils avancent comme ils peuvent, dans le village passé au noir. Ils savent leurs maisons, ils savent le couloir. Ils savent l'aire devant, le fumier haut comme ça. Les poules mussées dessus. Les vaches qui dorment à gauche, les humains sur la droite. Le foin est au-dessus là où il reste de quoi. Le feu presque éteint, avec ses grands yeux rouges. La braise dans ses draps gris. Les enfants qui remuent, et sont tête-bêche par trois. Le temps dessus la table, à côté d'un broc d'eau, d'un verre abandonné. La pierre pour la vaisselle. L'armoire. Le lit où dort la femme, qui ne se tourne pas. Le sommeil comme un coup ramassé plein visage.

Les Immortels #3

Sun, 06/21/2020 - 09:51

Le premier, c'était le dernier de la génération d'avant, celle avec force moustaches et bretelles sur chemises blanches. Cette génération-là, vidant verre après verre dans la salle enfumée du café qui a existé, à ce que l'on m'a dit, dans la rue de derrière. Cette rue où plus personne ne passe devant la maison jadis café, maintenant habitation de bric, de broc, de passage. Des familles y habitent. Elles ne se mélangent pas. Elles ne nous croisent pas. Nous les regardons de loin poser leurs meubles. Vivre. Repartir. Parfois, les pères nous font un signe, auquel nous répondons. C'est la force de la loi. Celle de l'hospitalité qu'on doit même aux inconnus. Même aux étrangers. Même à bonne distance.

Les Immortels #2

Sat, 06/20/2020 - 08:16

Je sais que ce qui se passe dans ces pages ne sert pas. Je sais que cela ne change rien. Je ne sais pas faire autre chose. La langue qui arrive vient aussi quand elle le veut, et c'est toujours qu'elle vient.

**

Après, juste derrière, arrivaient les sanglots. C'est notre marée qui monte. C'est aussi son ressac. Il reste de même après le sel, les traces qu'il achemine le long du sable, ce serait une peau que nul ne se dirait surpris.

Une sorte de journal — 15 juin 2020

Mon, 06/15/2020 - 17:56

Ma mâchoire d'osier,
une laborieuse,
son vol noir cinglant
je suis une cueillette affranchie.

Les Immortels

Wed, 06/10/2020 - 20:08

Ils mouraient considérablement. À l'aube, le temps, les choses, le monde reprenaient leur place, autant que c'était possible quand eux, leurs corps à présent reposant, venaient seulement à refroidir lentement dans le jour renaissant. Nous savions pas pourquoi il fallait que la nuit arrive pour qu'ils s'en aillent, à croire, vraiment, qu'il leur fallait finir coûte que coûte le jour, le dépenser, aller jusqu'à son bout. Nous attendions, assis autour que vienne l'heure. Elle arrivait. Les murs se retenaient de craquer, dans ces maisons toujours en mouvement mais dont personne ne pouvait voir les gestes.

C'était l'hiver le plus souvent, avec son gel qui était une serpe se glissant de partout entre nos vêtements et puis nos peaux qui n'avaient pas besoin de ça pour frémir à foison. Je n'ai pas souvenir d'un printemps. Je n'ai pas toujours été là, appelé ailleurs pour d'autres moments, ou arrivé trop tard, ou plus logiquement, même pas né encore — cela viendrait mais d'aucuns déjà seraient passés vers l'ailleurs.

Une sorte de journal — 28 mai 2020

Thu, 05/28/2020 - 08:44

Batailles, batailles
dans l'éveil et dans l'aube —
Le silex des minutes.

Comment je n'ai pas été écrivain #8

Sun, 05/24/2020 - 17:53

Dans l'enveloppe revenue très vite, plus vite que d'habitude, des habitudes il y avait déjà et c'était donc un temps où les textes partaient toujours, étaient toujours refusés pareillement, par voie postale uniquement, il ne pouvait pour moi en être autrement, je n'avais pas l'heur de vivre à la capitale, d'en être même proche, de pouvoir aller déposer quelque proposition ici ou là, d'espérer croiser peut-être quelque auteur qui aurait voulu être mon mentor, cette sorte d'ami, je n'avais pas l'heur de quoi que ce soit, il n'y avait autour rien que le village ou la ville moyenne toute proche et de revues ici, pas une, et donc c'était notre facteur, ce bonhomme aux jurons en chapelets, qui se chargeait de ça, prendre les rectangles kraft et la monnaie laissée avec pour leur affranchissement, et puis s'occuper de les envoyer dans les mystères où elles devaient atteindre je ne savais qui, puis me les rapporter quelques jours ou semaines ou mois après quand elles rentraient à leur bercail et pour celle-là, il manquait l'essentiel, la lettre de l'éditeur et son refus, il manquait tout sauf ça trouvé en déchirant l'enveloppe dont je trouvais quand même qu'elle avait bien gros ventre, comprenant à l'ouvrir ce que c'était que cette bosse, et c'était donc, en mille morceaux, soigneusement déchiré, déchiqueté, mon texte proposé — rien d'autre qu'en guise de réponse, des confettis, le message était clair.

Une sorte de journal — 20 mai 2020

Wed, 05/20/2020 - 07:56

Un ciel bleu comme miel
— je suis un merle noir.

Trois chevaux dans l'allée
avec leur ombre en tête.

L'immense, le hameau vérifié.

Les journaux du virus #60

Mon, 05/11/2020 - 07:36

Ouvrir les fenêtres. Des rideaux endormis. Cette dernière parole. La flambée dans l'allée. Je ne souhaite pas sortir.

Les journaux du virus #59

Sun, 05/10/2020 - 08:43

Pourquoi hier déjà au carrefour ? Respirez calmement. Il faut que quelqu'un tienne nos mains. Des enfants jouent au milieu de nos routes. Trois fois un tir dans l'aube. Quelque part une proie. Des cailloux dans nos paumes pour rassurer.

Les journaux du virus #58

Sat, 05/09/2020 - 08:08

Ce pourrait devenir le printemps. L'hiver. Quelques sillons à reconnaître. Parfois la présence du sous-bois. Pas une pierre tombale, mais des nuages. Une vie entière dans une poche. Nous plions le tissu des lèvres. Un blé très doux.

Les journaux du virus #57

Fri, 05/08/2020 - 08:28

Des animaux considérables. Une forêt sans bagage. Je croise des inconnus. S'il reste quelqu'un ce sera toi. Chaque branche pour nous tenir. Le ravage des tomates. Un carré de terre grand comme moi. De l'autre côté de la rivière sonnent mes heures.

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