Face Écran — Daniel Bourrion

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Updated: 1 hour 31 min ago

Une sorte de journal — 19 février 2019

Tue, 02/19/2019 - 20:10

Une part de moi allée, une autre — ne reste qu'un rien de fleurs, son frôlement d'abeilles ; tu es ma part manquante.

Roses #4

Thu, 02/14/2019 - 21:45

[...] le noir dedans arrête les cris, au sol la jute est comme vivante lentement remuant à mesure que dedans la petite chose rose explore ce qui n'est plus que piège, on fera de même pour les autres et puis finalement c'est deux ou trois sacs noués vivants à charger en brouette, on imagine l'honneur de celui qui peut pousser cela jusque dedans la rue et puis vers la maison, toujours l'un d'eux lâche sa crotte et le cortège dans le soir venu s'en va dans une odeur musquée, des reniflements, on ne sait plus, des hommes ou bien des porcs, qui sent ainsi si fort.

Roses #3

Mon, 02/11/2019 - 20:05

[...] La mère n'est jamais là, elle tuerait tout le monde sans coup férir si l'on venait à s'approcher en sa présence alors elle est ailleurs, sans doute dehors, ce sont de grosses silhouettes roses qu'on voit au loin vaquer avec leurs mamelles innombrables lorsque l'on quitte le village en direction de M** qui traînent sous les arbres ou bien s'y grattent le dos, tout bouge du tronc à la plus haute des branches, il n'y a jamais de fruits cueillis par là, ils n'ont pas le temps de mûrir, elles ont eu tellement de portées qu'elles ne s'en souviennent sans doute plus mais il reste l'instinct de défendre ses petits...

Roses #2

Sun, 02/10/2019 - 15:10

[...] cela bruisse de toutes parts, leurs sabots lourds écrasent la paille propre qu'elles souilleront rapidement et la sorte de caniveau prévu pour recueillir l'essentiel de leurs déjections et qu'il fallait dégager au balai de chantier n'y fera pas grand chose, lorsqu'on longe leurs masses leurs queues viennent parfois vous fouetter si l'on passe trop près, on apprend vite à rester large, elles font juste sur la droite deux longs alignements de culs et de ruminements et entre au plein milieu il y a un passage qu'on prendra par la suite séparé des grosses bêtes par deux murets gris sales aux sommets arrondis, à gauche je me souviens de la cuve d'inox où arrivait le lait et c'est dedans directement que la fermière plongeait sa louche longue pour emplir nos bidons mais ce n'est pas l'histoire cette fois, on va donc sur la droite pour pousser une porte qui résiste parfois, derrière cela remue de part et d'autre sitôt qu'on entre tous derrière notre hôte dont je ne vois que la moustache dans l'épaisseur maintenant tombée du temps et j'ai à poser ça un doute, s'il y avait moustache, il y a quatre stalles peut-être avec la porte et les barres verticales et l'auge et ça s'agite de plus en plus avec force grognements, ce serait une panique ou juste la faim on ne saura jamais, il leur manque la parole...

Roses

Sun, 02/03/2019 - 18:33

J'en compte trois d'abord et puis ils seront cinq quelques années ensuite dans l'étable que l'on n'aura pas agrandie pour autant parce que l'on pouvait pas, il n'y avait nulle place à moins d'ouvrir sur la droite et ça on ne pouvait pas, une histoire de bornage coupant la bâtisse basse en deux et donc il leur faudra se serrer tout contre les autres mais au début ce n'est pas grave, ils sont si minuscules, on va les chercher au tombée du soir dans la ruelle qui est derrière la rue tranchant en deux et tout de sa longueur le village, il faut prendre sur la gauche juste devant en contournant l'autre maison qui fait le bout de l'avancée, elle est vide maintenant depuis dix ou vingt ans ou peut-être même plus mais là-devant avant qui est alors vivait cette très vieille dame diaphane dont l'on voyait le soir la silhouette dans la chambre du haut lorsqu'elle refermait ses volets, elle semblait ne peser mais rien, qui descendait l'escalier du devant en serrant fort la rampe faite d'un tuyau de fer de couleur de ciel et c'est elle qu'on emmena dans un hélicoptère un jour qu'un tétanos tenta de la tuer, elle en revint riante mais la maison est vide maintenant, on ne vit pas toujours, et après la ruelle monte vers pas grand chose puisqu'elle est une impasse et sur la gauche il y cette ferme d'où provenait aussi le lait mais cette fois on vient pour autre chose, il faut passer les vaches, leur lourde odeur chaude, le bruit qu'elles font à mâcher et à chier...

Une sorte de journal — 03 février 2019

Sun, 02/03/2019 - 09:02

Cette longue fatigue — marcher dans un grand gel ; par la traverse arrive une aube incontrôlable, un feu ; je ne crois nul oiseau.

Une sorte de journal — 30 janvier 2019

Wed, 01/30/2019 - 20:03

Nous serons à mourir parfois ; je t'attends sur ce banc — tout le temps qu'il faudra.

Une sorte de journal — 23 janvier 2019

Wed, 01/23/2019 - 21:27

Une parcimonie — demain arrive le gel ; un ciel jaune et puis bleu.

Une sorte de journal — 21 janvier 2019

Mon, 01/21/2019 - 19:49

Vers le haut feu maçon, tes mains de basses pierres ; je croise l'odeur des noyaux — ils vont là où ils veulent traçant un chemin à eux seuls. 

Une sorte de journal — 17 janvier 2019

Thu, 01/17/2019 - 21:15

Tu es ce rien du tout — des pétales et une aube ; ce devait être ùa promenade dans une ville sans fard ; un sommeil en patience.

La dispense #18

Sat, 01/12/2019 - 09:42

[...] plus tard il y aura pendant un match de foot, une autre belle seconde, un tout petit tournoi organisé interne, personne ne me voulait prendre dans son équipe, de guerre lasse quand même, me voilà dans celle-là, je fais ce que je peux, je jongle ce que je peux, ils me mettent en avant, la place des attaquants, toute ma petite troupe est faite de spécialistes qui ne cessent jamais d'échanger des tactiques, je n'y comprends que couic, je shoote lorsque la balle me tombe dans les pieds, c'est toujours au hasard, je rate à chaque fois la cage du gardien, doucement le ton nous monte et maintenant ça gueule, t'es vraiment qu'une quiche, ce n'est pas compliment même si je suis lorrain, soudain dans l'air nerveux, je vois une ouverture, c'est comme voir la lumière au milieu de la nuit, mon pied réagit seul, mon esprit est ailleurs ou peut-être en arrière à juste envisager, ma balle est impeccable à trajectoire parfaite qui semble se mettre seule en plein dans la lucarne, le gardien est scotché et tout le monde aussi, tout l'univers s'arrête avant que d'un mouvement, mon équipe converge et me porte vers les nues, je suis devenu dieu par la magie seulement, mon seul but je pense de toute une petite vie, ça ne fait pas grand chose mais je m'en contenterai.

Une sorte de journal — 07 janvier 2019

Mon, 01/07/2019 - 15:57

Quelqu'un viendra qui aura ton nom, ton visage, et ce sera un autre ; une bruine sans lendemain — je suis le jour encore.

La dispense #17

Sun, 01/06/2019 - 11:19

[...] nous sommes les premiers, les cinquante premiers du matin dans la piscine cachée que la ville prête au régiment, pieds nus et puis treillis, je crois que nous formons une scène incongrue, cinquante militaires, un contingent, le juteux est pareil mais lui n'a pas de veste, le pantalon seulement, on voit son torse nu et musclé de partout, la consigne est très simple, tu sautes de ce côté, tu nages jusque de l'autre, et puis tant qu'on y est, tu évites de couler, avec pour les plus forts, le petit plus en plus, tu te fais le retour, ça me fera plaisir, il dit qu'il sera là pour nous sortir de l'eau quand on étouffera, on saute l'un après l'autre, toujours la file indienne, toujours ce petit temps d'attendre que vienne son temps, dès que je suis à l'eau le tissu pèse son poids et commence à se goinfrer très vite de tout le liquide qu'il trouve, le jeu c'est qu'évidemment, le treillis devient de plus en plus lourd, les plus malins l'ont compris, ils nagent très vite de suite pour avoir fait le plus de chemin avant de peser lourd mais pour faire cela, encore faut-il ne pas être occupé à ne pas couler et moi je suis là-dedans, à tenter de ne pas couler...

Une sorte de journal — 06 janvier 2019

Sun, 01/06/2019 - 09:54

Dans le ressac du temps, parlant de sœur ; je lève maintenant une distance ; il y a des oiseaux, ce pouvait être toi, c'est seulement des oiseaux.

La dispense #16

Sat, 01/05/2019 - 10:03

[...] on commence tout de suite des échauffements des choses mystérieuses se frapper sur les bras avec l'index et le majeur suivent les cuisses je me demande déjà pourquoi je suis venu et de mon propre gré en plus cette sorte de pression sociale je crois il faut faire du sport il faut bouger son corps il faut être à son top nous sommes maintenant entrés dans le carré c'est une arène à ras de terre toujours à genoux j'ai déjà mal faites des duos la règle est simple encore à genoux tenter de renverser l'autre juste en face et lui de même il paraît qu'on peut résister c'est le vieux qui le dit qui dit aussi qu'on peut se planter dans le sol avec l'esprit pour s'opposer pendant qu'il parle d'histoire d'énergie de flux et de ki qu'on peut tenir depuis sa tête pour s'attacher au monde je tombe, je n'ai pas trouvé la recette du ki, la demoiselle qui me retourne plus qu'une crêpe ne doit pas faire plus de quarante kilos, je pourrais être son père, elle est hilare aussi vous allez bien ? maintenant nous sommes debout il faut tomber tout en roulant la deuxième fois mon épaule craque une fulgurance dans tout le bras, fin de séance, je n'ai jamais aimé tomber peut-être parce que je suis Icare, cet art martial n'est pas pour moi et les autres non plus, il me faudra plusieurs jours pour ne plus avoir mal il reste depuis le souvenir, cette question autour du ki, car s'il existe, qu'en puis-je faire ?

Une sorte de journal — 02 janvier 2019

Wed, 01/02/2019 - 15:13

Une racaille Rimbaud ; c'est marcher à rebours dans un monde qui recule ; du papier et des morts — écrire pour pas grand chose.

Une nostalgie Woodstock #2

Wed, 01/02/2019 - 10:02

Nous avions appris qu'il se passerait quelque chose vers là, au tournant de la mi-août, par une rumeur, une affiche, des plans que l'on se passait sur les campus, dans les bars et autour des feux de camps où nous étions chaque nuit la musique et le vent, nous avions entendu parler de ces trois jours de paix qui devaient se dérouler dans un trou perdu dont personne jamais n'avait entendu le nom, qui était par là-bas, vers le nord de l'état, nous avions décidé comme cela, sur un coup de tête, un coup de folie, que nous irions, et cela tombait bien parce que c'était se donner un objectif au creux de cet été dont nous ne savions pas quoi faire, dont personne ne savait comment il se terminerait, dans la lente immobilité de son ennui qu'on aurait cru mortel parfois.

Un matin, deux jours avant, nous nous sommes entassés dans nos voitures, nous avons poussé dans le coffre le minimum nécessaire et peut-être même moins, le hasard suffirait, pourvoirait à nos besoins vitaux, nous avons claqué les portières, démarré, la route était une promesse grise et jaune que déroulait l'auto-radio poussé à fond, et nous sommes partis ainsi à courir derrière l'horizon plat comme un jour sans fin en laissant derrière ce que nous sentions craquer d'un très vieux temps arrivé tout au bout de ses propres illusions. Je me souviens, les filles riaient, et nous aussi, et plus rien n'avait d'importance, que d'être là où se rendaient les autres aussi, et leurs enfants déjà nés ou à naître encore (...)

Une sorte de journal — 01 janvier 2019

Tue, 01/01/2019 - 15:38

S'il y a le ciel il est violet et pleut ; je ne sais que lire dans ce que tu m'écris — prendre de la distance ; trois rouge-gorges s'affairent déjà dans la maison de bois.

Une sorte de journal — 2019

Tue, 01/01/2019 - 15:34

Une nostalgie Woodstock

Mon, 12/31/2018 - 16:25

Je n'ai aucun souvenir de ce moment venu deux ans je crois après que je sois né mort et cette absence n'est donc guère étonnante d'autant que dans la vallée d'où je viens, nul sans doute n'a alors entendu parler de ça, de cette histoire, de cette foule hirsute et qu'on devine d'hygiène douteuse les pieds nus dans la boue, on peut rêver des fleurs — l'hirsute alors et maintenant encore beaucoup, c'est ce qu'il faut à toute force éviter, c'est ce qui menace l'ordre du monde et l'interroge, c'est ce que l'on réduit à coup de tondeuses, de travail vous laissant pour la fin du jour les reins brisés lourds tellement qu'il n'y a plus qu'à s'endormir le ventre lesté, le sommeil présentant aussi l'avantage d'éviter de se poser trop de questions.

Pourtant, de ces trois jours j'ai des images, et une nostalgie sans fin qui ne repose sur rien, enfin, qui tient entièrement debout sur des sortes de contes, sur des clichés de grain gros comme ça, sur des morceaux de films aux couleurs passées sur lesquels, parfois, dans la foule cachés, je reconnais mes traits quand je deviens, je suis, l'un de ceux dansant le torse nu, le jean large au bas, avec mes cheveux longs et cette transe enfin qui nous tenait et nous tiendrait pour toute l'éternité pendant qu'un peu plus haut sur une scène minuscule jouaient ces sortes de musiciens, on aurait dit que c'était nous défiant le monde avant d'y retomber lassés, comme épuisés (...)

Image d'illustrationDerek Redmond and Paul Campbell - Own work, CC BY-SA 3.0

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