Face Écran — Daniel Bourrion

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Updated: 2 hours 5 min ago

Une sorte de journal — 12 décembre 2018

Wed, 12/12/2018 - 21:17

La cendre de tes yeux — puis d'effacer l'histoire à force de regards ; une robe noire toujours, le secret des mésanges.

Une sorte de journal — 09 décembre 2018

Sun, 12/09/2018 - 22:07

Cette mémoire des corps, ce qu'ils laissent de creux — ce rien de bruit ; une dévoration, écrire.

La dispense #13

Sun, 12/02/2018 - 14:42

[...] à chaque passage chrono le prof nous encourage et même à moi il dit surtout ne lâche pas quand ce que je voudrais c'est tomber raide mort pour que ça cesse enfin, il serre dedans sa main le cercle argent lanière qui tient les rênes du temps, surtout ne pas penser, ne pas étouffer, je cours comme je peux et une nouvelle fois encore, venant de par l'arrière, me dépassent les sportifs, ceux toujours devant, ils viennent de me prendre un tour, peut-être deux, c'est comme si chaque seconde devenait une heure entière puisque j'ai au côté un poignard lancinant fouaillant je ne sais quoi que l'on a là-dedans, rien de vital sans doute, je crois que voilà les dernières secondes mais le prof hurle encore six minutes les gars et là c'est la piste qui part marche arrière, ce doit être un cauchemar, plus rien n'avance malgré ma course folle, du moins je l'imagine, le record du surplace est certainement pour moi, il y a dans ce moment un condensé de toute une vie, le sombre et gris décor, courir sans avancer, je finirais marchant et délivré enfin au grand coup de sifflet, j'irais dans l'herbe tomber, la terre est dure humide, mon dos est tout contre elle, là-haut passent lourds légers des nuages blancs crayeux, quand le bac viendra, je n'aurais accumulé aucun point d'avance mais cela ne change rien, mon corps sera toujours seulement un vague ennemi.

Une sorte de journal — 01 décembre 2018

Sat, 12/01/2018 - 18:48

Je ne doute plus du dénouement, de la hargne du temps ; ce que je peux te dire, c'est l'âme de ce jardin — sa constance de chemin ; seuls nos liens justes demeurent.

La dispense #12

Sat, 12/01/2018 - 09:53

[...] Pour la pratique, il y eut beaucoup d'appelés, tous en fait, mais peu d'élus, les meilleurs d'entre nous réussissant vaguement à plier un peu la perche (une partie du secret des sauteurs, les vrais, ceux qui se hissent à des six mètres, reposant de ce que je sais dans cette courbure et dans ce qu'elle rend de puissance ensuite pour monter) et à monter d'un mètre ou deux, la plupart dont évidemment moi, parvenant, au mieux à sauter vaguement en l'air, au pire, à se prendre en retour un choc violent parce qu'ils avaient mal positionné la perche quand ils n'allaient pas aussi s'écraser contre le mur du fait d'une course d'élan trop rapide et d'un lâcher de la perche au moment crucial, quoique évidemment, peut-être bien, tout cela n'était qu'une sorte de cinéma que nous faisions histoire de rire, de compenser le mal-être que nous avions dedans nos corps par quelque andouillerie nous permettant de supporter ces moments-là, ces années-là, où tout était étrange, dehors comme dedans, alors et pour le dire ici, maintenant toujours.

Une sorte de journal — 27 novembre 2018

Tue, 11/27/2018 - 18:44

Porté par des bras d'enfants morts — toute une vie à l'usure.

Une sorte de journal — 24 novembre 2018

Sat, 11/24/2018 - 20:49

Un inextinguible désir, et quatre rochers de bois ; quelqu'un tiendra garde de mes mots.

Une sorte de journal — 23 novembre 2018

Fri, 11/23/2018 - 17:02

Nous ne vivions que morts ; je trébuche dans la rocaille de l'angoisse — est-ce que quelqu'un écoute ?

Une sorte de journal — 19 novembre 2018

Mon, 11/19/2018 - 14:46

Il n'y a de souvenirs qu'images (ce pourrait être dans un rêve oublié) ; je te cherche dans chaque jour. 

Une sorte de journal — 14 novembre 2018

Wed, 11/14/2018 - 20:13

La danse lente de ce chemin parcouru à la pointe des pieds ; je me consume dans l'île d'un feu de joie.

La dispense #11

Sat, 11/10/2018 - 14:59

[...) tout ça pour dire que c'est la seule séance de rugby que j'ai connue, mise à part bien sûr celle qu'un hiver, avec des du pays, nous avons entamée sur la glace d'un champ bordé d'une rivière ayant eu le bon goût de déborder juste avant le gel terrible de l'hiver, sur cette surface-là, on se plaquait terrible engoncés dans la laine où nos mères nous emballaient quand nous traînions dans le village, cette partie-là au moins, il n'y avait nulle boue, l'image qui m'en reste, c'est celle des chaussures de sécurité qu'avait aux pieds un des joueurs, le plus grand d'entre nous, il est mort récemment, la dernière fois qu'on s'est croisé vraiment c'était peut-être là, dans la masse noire mêlée de nos corps en tas sur un plateau de glace allant à l'horizon, il y a des années de maintenant.

Une sorte de journal — 09 novembre 2018

Fri, 11/09/2018 - 20:35

Et s'il y a nous, c'est toi — tes gestes souriants ; je traverse la chevelure rase du pré.

Une sorte de journal — 05 novembre 2018

Mon, 11/05/2018 - 11:13

Avril sur mon corps en fatigues ; tu es ton évidence, une joie inattendue.

Une sorte de journal — 04 novembre 2018

Sun, 11/04/2018 - 17:55

Quelques contes de la haie — je suis fils de la ruche, son âme.

Une sorte de journal — 03 novembre 2018

Sat, 11/03/2018 - 15:32

Là où je suis il n'y a personne.

Une sorte de journal — 01 novembre 2018

Thu, 11/01/2018 - 10:54

Une aube verte, tes yeux — le buisson fait son mur ; ce serait la voûte d'un roman.

Une sorte de journal — 26 octobre 2018

Fri, 10/26/2018 - 20:26

Aux lèvres du sourcier, son incommensurable ; j'emporte dix mille images et aucune ne parle.

Une sorte de journal — 25 octobre 2018

Thu, 10/25/2018 - 18:20

Pour faire strate enfin l'hiver ; s'il y a tes yeux je veux les reconnaître.

Une sorte de journal — 22 octobre 2018

Mon, 10/22/2018 - 18:47

Dehors rien ne concède ; mon secret tient ta bouche.

La dispense #10

Sun, 10/21/2018 - 18:06

Sur ce chemin de croix, il y a comme il se doit quelques stations, c'est ainsi que la tradition dont j'ai souvenir nomme les étapes que l'autre a fait vers sa mort cloué sur ses bouts de bois, et l'une c'est la séance de gymnastique, ce moment pathétique où deux heures durant il s'agissait de courir sur des poutres, et bien sûr en tomber, se pendre à des anneaux, et bien sûr en tomber, grimper à la corde qui rugueuse jamais lissée nous arrachait les paumes, et là-aussi tomber, heureusement, de pas très haut, je ne suis jamais monté vraiment haut, la corde ne voulait pas de moi, mes mains ne tenaient pas, mes pieds ne faisaient pas le geste qu'il fallait pour bloquer ce serpent et s'appuyer dessus, et puis encore, rouler sur des matelas puants, et se faire mal partout, tenir à l'équilibre, et manquer de tomber, sauter sur des tremplins pour atteindre aux chevaux d'arçon, et presque à chaque fois n'arriver pas suffisamment rapidement pour finir par se cogner dans le bord dur, le cuir tanné, parfois à peine, un ou deux fois tellement fort, le ventre encaissant tout, les testicules aussi, qu'on repartait plié en deux de douleur comme de honte sous les quolibets des copains dont le tour viendrait, ça consolait un peu, nous étions à la file [...]

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